Notre ennemie, c’est la finance

jeudi 24 avril 2014
par Ouebemasteur

Document UNIRS - Union Nationale Interprofessionnelle des Retraité-es Solidaires

Assemblée générale du vendredi 18 avril 2014.

Motion d’actualité

L’Assemblée générale de l’Union Nationale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires (UNIRS) du 18 avril 2014 s’est tenue en présence de représentants des retraités et des retraitées des organisations syndicales nationales membres de Solidaires et des Solidaires locaux.

Lors de notre Assemblée générale du 25 avril 2013 nous faisions déjà le constat : « Après un an de gouvernement Hollande – Ayrault, les militants et les militantes de l’UNIRS constatent que ce gouvernement est resté très largement sous l’emprise et la domination de la finance et qu’il continue, prioritairement, de répondre à ses demandes et à ses exigences ». Les politiques menées depuis avril 2013 n’ont fait que renforcer des orientations déjà mises en application pendant la première année du quinquennat. Les dernières décisions sociales et économiques annoncées le 16 avril 2014 amplifient encore un peu plus les politiques précédentes et viennent satisfaire de nouvelles demandes du MEDEF, en ignorant celles des salariés, des précaires, des chômeurs, des retraités et en aggravant même leur situation. Pour ce faire, le mensonge perdure et les choix conduisant à favoriser les privilégiés sont présentés aux opinions publiques comme étant destinés à développer l’emploi et à favoriser l’intérêt général. Il y a maintenant près de trente ans que cette supercherie perdure, que le chômage de masse se renforce, et que les riches sont plus riches, et les pauvres plus nombreux et plus pauvres.

Lors de ses « vœux au pays », le 31 décembre 2013, le Président de la République a annoncé de nouvelles mesures favorables aux patrons, et particulièrement à ceux des grandes entreprises. Lors de sa conférence de presse du 14 janvier 2014, il dévoilait son « Pacte de responsabilité », avec un nouveau cadeau de 15,5 milliards d’euros aux entreprises en échange de « contreparties claires, précises, mesurables et vérifiables ». Ceci venait s’ajouter aux 20 milliards d’euros déjà distribués aux grosses entreprises par le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE). Mais le « Relevé de conclusions des discussions paritaires » (c’est la nouvelle appellation du Pacte de responsabilité) signé entre le patronat et quelques syndicats collaborant au système ne mentionne plus aucune contrepartie mesurable et vérifiable. Seuls sont assurés de nouveaux allégements de cotisations sociales et l’amélioration des marges des entreprises, ce qui risque d’alimenter encore les paradis fiscaux. Au lendemain de l’échec du parti socialiste aux élections municipales, le Président de la République, le lundi 31 mars, annonçait un changement de Premier ministre, mais pas un changement d’orientation politique. Nous avons eu droit à la mise en scène d’un « gouvernement resserré », « un gouvernement de combat », mais surtout de combat contre les salariés, contre les chômeurs, les retraités, mais pas contre la spéculation financière, l’évasion fiscale ou les fraudes patronales aux cotisations sociales. Confirmation en a été donnée par le nouveau Premier ministre lors de sa Déclaration de politique générale devant l’Assemblée Nationale le 8 avril, même si quelques formules « attrape-tout » étaient destinées à « ratisser large » parmi les élus nationaux pour leur faciliter le travail de ralliement au gouvernement face à leurs électeurs. L’ajout d’un « Pacte de solidarité » fait partie de cet enfumage destiné à blanchir toutes celles et tous ceux qui ont choisi de servir et de favoriser la puissance dominante (la finance).

Très concrètement, les politiques menées visent à maintenir un chômage de masse et à laisser l’Etat comme les collectivités territoriales et les services publics sous l’emprise de la finance par la construction d’un endettement perpétuel. La sous-imposition délibérée des plus riches particuliers et des plus grandes entreprises, dont celles du CAC 40, et le laxisme à l’égard de la grande fraude sont la cause première des déficits publics, lesquels ne peuvent plus être réduits par la création monétaire (dont le monopole est, dans la zone euro, réservé aux banques privées) ni par l’inflation (la lutte contre l’inflation est le premier objectif donné à la BCE, voire le seul). Le capitalisme financier actuel est bien un système totalement au service de la rente et des rentiers.

La nouvelle réforme des retraites de 2013 est venue confirmer et accentuer les reculs sociaux des gouvernements précédents, en visant cette fois aussi directement les personnes retraitées (recul de 6 mois, du 1er avril au 1er octobre, de la date de revalorisation des retraites et fiscalisation du supplément de 10% de la pension pour avoir élevé 3 enfants), et en exonérant le patronat de tout effort. Dans ses annonces du 16 avril, le Premier ministre a reporté au 1er octobre 2015 la revalorisation déjà repoussée du 1er avril au 1er octobre 2014 ! Toutes ces réformes des retraites, qui visent notamment à faire travailler plus longtemps celles et ceux qui ont un emploi, participent bien à l’augmentation du chômage, et particulièrement celui des jeunes et des seniors. Les économies supplémentaires importantes dans les dépenses publiques préfigurent d’autres coupes claires dans les dépenses de fonctionnement des administrations, et de nouvelles attaques contre les retraites, contre l’assurance maladie et contre la politique familiale. Ce sont les nouvelles annonces du 16 avril : poursuite des suppressions d’emplois dans les administrations, poursuite du gel du salaire des fonctionnaires, gel de la revalorisation des prestations sociales et des retraites pendant 18 mois. Pour pouvoir verser des milliards supplémentaires aux actionnaires, le gouvernement attaque le pouvoir d’achat de millions de familles, et souvent parmi les plus modestes (fonctionnaires, retraités, bénéficiaires de prestations sociales, etc) et augmente le chômage en continuant de supprimer des emplois publics malgré les besoins des administrations. Un tel cadre de largesse pour les capitaux privés et de rigueur pour les politiques sociales ne peut que compromettre la « réforme » de l’aide à l’autonomie des personnes âgées et l’adaptation de la société au vieillissement. Ce projet de loi a fait l’objet de nombreuses rencontres entre les représentants du gouvernement, les organisations syndicales (dont l’UNIRS) et les associations des secteurs concernés entre décembre 2013 et février 2014. Il bute sur les choix politiques et budgétaires du gouvernement : dès lors qu’il s’agit de verser des milliards d’euros aux entreprises, il n’y a évidemment plus de fonds pour les personnes âgées non plus ! En septembre 2011, déjà, le gouvernement Sarkozy-Fillon avait mis en avant la difficulté des finances publiques pour repousser son projet de réforme.

L’UNIRS, comme Solidaires, continue d’affirmer que d’autres choix politiques et idéologiques doivent être retenus, privilégiant une juste répartition des richesses (par l’augmentation de la masse salariale liée à une diminution des dividendes, et par une réforme fiscale d’ampleur) et un autre partage du travail et du temps de travail (travailler moins pour travailler tous et toutes). C’est donc tout l’inverse du programme annoncé par le Premier ministre le 8 avril.

Aujourd’hui, il s’agit effectivement de remettre la finance à sa place, c’est-à-dire d’en faire un outil destiné à financer l’économie pour répondre aux choix et aux besoins des populations. Aujourd’hui, il s’agit, par ce fait, de mettre de la démocratie politique là où les principaux détenteurs de capitaux ont accaparé la réalité des pouvoirs de décision. La sacralisation de la « concurrence libre et non faussée » permet de générer un monde où la compétitivité devient la mesure de tout, et, dans cette course, ce sont toujours le plus fort au départ et le tricheur qui gagnent. C’est ainsi qu’il faut comprendre les dessous du projet de réforme territoriale visant à constituer de grandes régions dans lesquelles, ensuite, seront mis en place des « accords sociaux » spécifiques (conventions collectives régionales, SMIC différents par régions, etc), afin d’établir des concurrences entre les territoires à l’intérieur même de chaque pays (pour y attirer les capitaux et les investisseurs !).

Le Premier Ministre dit qu’il faut désendetter l’Etat pour que celui-ci retrouve sa liberté par rapport aux marchés financiers dont il dépend par les taux d’intérêt et la « charge de la dette ». Mais la méthode retenue par le gouvernement est justement celle organisée et voulue par les marchés financiers, dès lors que le pouvoir politique ne cherche pas à aller à la source même du déficit, à savoir les pertes fiscales monstrueuses résultant de la sous imposition des plus riches particuliers et des plus grosses entreprises, les cadeaux fiscaux, les exonérations sans contreparties, les facilités données à la fraude de haut vol. Pour « désendetter » l’Etat, le gouvernement n’envisage nullement de récupérer les fonds perdus par une fiscalité laxiste à l’égard des plus riches, bien au contraire.

Il va falloir réaliser 50 milliards d’économies. L’Etat devra réaliser 18 milliards d’économies (gel maintenu du pouvoir d’achat des fonctionnaires jusqu’à 2017 – Etat, Collectivités locales, Hôpitaux, poursuite des suppressions d’emplois, ce sont les voies retenues dans un premier temps en Grèce, au Portugal, en Espagne, etc, et qui ont conduit à enfoncer encore plus la majorité de la population dans la misère).

La protection sociale devra faire 21 milliards d’économies, dont 10 pour l’Assurance maladie : il deviendra plus difficile de se soigner pour un plus grand nombre de personnes et de familles, il y aura diminution des effectifs dans les hôpitaux, fermeture d’activités, et l’aide à l’autonomie des personnes âgées sera reportée une nouvelle fois. Le reste de la protection sociale devra faire 11 milliards d’économies. Ces choix politiques et idéologiques annoncent une accélération de la privatisation de nombreux secteurs de la Sécurité sociale et particulièrement un élargissement du rôle des complémentaires santé au détriment des malades et de l’Assurance maladie. Les actionnaires des grandes compagnies d’assurance et des laboratoires pharmaceutiques sont rassurés. Avec les dernières mesures annoncées par le Premier ministre, on constate que les exonérations de cotisations « famille » des entreprises décidées il y a peu auront bien des effets négatifs sur les prestations allant aux familles.

Les collectivités locales devront faire 11 milliards d’économies, en conséquence notamment de la diminution des dotations versées par l’État (c’est-à-dire moins de prestations sociales, moins de services publics territoriaux, moins de vie associative, moins de solidarité de proximité). Tout ceci pour permettre de financer les cadeaux faits aux entreprises, particulièrement aux plus importantes, et donc, en fait, à leurs actionnaires.

Cette politique au service du patronat, des actionnaires et de la finance, nous continuerons de la dénoncer et de la combattre, particulièrement en s’inscrivant dans la campagne « Les capitalistes nous coûtent cher » menée par Solidaires. Face à l’austérité accrue pour le plus grand nombre, contrepartie de largesses pour la minorité privilégiée, c’est un syndicalisme de combat que nous devons mettre en place et faire vivre. Militants de l’UNIRS, avec et au sein de Solidaires, avec nos moyens, nous participerons à ce combat nécessaire, en favorisant également l’unité avec les autres organisations syndicales de retraités décidées à s’opposer à ces politiques régressives et inégalitaires. Ces mobilisations doivent s’inscrire dans des initiatives internationales visant à établir d’autres accords et d’autres traités entre les Etats, particulièrement à l’intérieur de l’Union européenne et de la zone euro. Le projet de grand marché transatlantique entre les Etats-Unis et l’Union Européenne doit être combattu par les populations des deux côtés de l’Atlantique, car il comporte de nouvelles menaces pour le plus grand nombre. Le débat sur d’autres perspectives pour la Zone euro et pour une autre Union Européenne basées sur la solidarité et la complémentarité en remplacement de la concurrence exacerbée devra se poursuivre au-delà de la période électorale. Toutes ces mobilisations doivent avoir en perspective la permanence d’un environnement favorable au maintien de la vie.

(Texte d’une motion d’actualité adoptée par l’Assemblée Générale de l’UNIRS du 18 avril2014)

24 avril 2014


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