Retour sur la crise de direction au FN : 7 Questions / 7 Réponses

vendredi 9 octobre 2015
par Ouebemasteur

Le conflit entre Marine Le Pen et son père a-t-il des points communs avec la scission avec Bruno Mégret à la fin des années 90 ?

Non, très peu, car d’abord nous n’avons pas maintenant affaire à une véritable scission comme ce fut le cas avec Bruno Mégret. A l’époque il s’est agi d’une saignée au sein du FN. Une majorité de cadres est partie avec Mégret et il y a eu une hémorragie à la base ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. D’autre part, la grande faute de Bruno Mégret fut d’avoir eu raison trop tôt stratégiquement contre le vieil appareil, lui, qui de surcroit venait du RPR. Sur beaucoup de points Marine Le Pen applique la ligne Mégret mais elle a verrouillé la direction du front.

S’agit-il d’un jeu de rôles entre le père et sa fille afin de « ratisser large » ?

Les théories du complot sont tout aussi fausses quand elles sont appliquées à l’extrême droite ! Non ce n’est pas du « théâtre », il y a de vrais divergences tactiques entre eux, même si l’aspect conflit familial et de pouvoir rentre en ligne de compte. Outre la question de la dédiabolisation qui les divise, car le père pense que cela édulcore trop le côté « anti-système » du FN, Jean-Marie Le Pen fait aussi toute une série de reproches à sa fille sur la faiblesse de l’encadrement du parti, son manque d’enracinement, son absence de presse, etc.. Sa lettre au Bureau Politique avant son exclusion témoigne de toutes ces divergences.

Avec l’éviction de Jean-Marie Le Pen peut-on dire qu’il y a un changement de nature du Front National ?

Rien dans les discours et les actes du Front National ne laisse présager, dans un avenir prévisible, un changement de nature du FN. La stratégie de Marine Le Pen n’a rien à voir avec celle qui a conduit à l’auto-liquidation de l’organisation fasciste de G. Fini en Italie. Elle ne cherche pas à s’intégrer et encore moins à se dissoudre dans une coalition avec la droite ou même une partie de celle-ci. Une anecdote significative : à l’université d’été du Front national à Marseille, elle a écarté le service d’ordre historique (le DPS), jugé trop proche de son père, au profit d’une officine privée dirigée par un ancien du GUD, impliqué par ailleurs dans une affaire concernant le financement de son association. La nature reprend ses droits.

Suite à la rencontre entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen avant l’université d’été du FN et le profil bas adopté par Jean-Marie Le Pen à cette occasion devant ses fidèles, peut-il y avoir une sorte de " rabibochage " ?

Il est encore trop tôt pour parler de rabibochage, mais sans doute d’un « modus vivendi » au moins jusqu’aux élections régionales. Jean-Marie Le Pen souhaite que des membres de la vieille garde soient présents sur la liste FN en PACA, là où il a ses meilleurs soutiens. Et il pense, à tort ou à raison, que sa petite-fille Marion Maréchal Le Pen sera un rempart contre la « dérive » de sa fille. Quant à Marine Le Pen, elle a de bonnes raisons de calmer le jeu à quelques semaines des élections régionales, pour que son parti soit en ordre de bataille, et que la guérilla menée par son père ne vienne pas trop polluer sa campagne électorale.

Quelle est la place de Marion Maréchal Le Pen dans ce conflit ?

Pour le moment, elle a la place la plus inconfortable entre le marteau et l’enclume. Son positionnement politique - moins étatiste, plus économiquement libérale, proche des catholiques intégristes - est un atout dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), où l’électorat frontiste se reconnaîtra plus facilement en elle. Ses résultats électoraux pèseront dans les rapports de force au sein du FN après les élections régionales, mais son élection à la présidence de la Région est loin d’être déjà gagnée.

Quelle peut être l’incidence de ce conflit sur les prochains résultats électoraux du FN ?

Les derniers sondages donnent un FN légèrement au-dessus de son score aux élections départementales. Vu l’ampleur de la crise sociale et politique qui traverse le pays, il est malheureusement peu probable que le FN baisse à cause de cette crise interne. La question des migrants, et le positionnement honteux ou timoré de certains politiques, à droite mais aussi dans la gauche gouvernementale, ne peut qu’apporter de l’eau à son moulin. Les dernières déclarations de Nadine Morano sur la France « de race blanche » en est l’illustration scandaleuse.

Quelles peuvent être les répercutions de ce conflit sur les militants de base et l’encadrement du FN ?

L’affaire n’est pas close donc il est encore trop tôt pour avoir une vision globale à ce sujet. Au niveau des militants de base, il est probable que ce seront les résultats des élections régionales qui seront déterminants. Un succès du FN dans une ou deux régions, et singulièrement dans le Nord-Pas-de-Calais, ainsi que le nombre de nouveaux élus frontistes les galvanisera et, à posteriori, ils donneront sans doute raison à la fille contre son père. L’encadrement du FN, lui, est encore très fragile et le poids des vieux cadres proches de Jean-Marie Le Pen est encore fort dans certaines villes. Le renouvellement de ces cadres sera un enjeu important du prochain congrès, mais l’exemple récent de la démission du nouveau secrétaire départemental du FN des Alpes Maritimes tend à prouver que la partie est loin d’être totalement gagnée pour Marine Le Pen sur ce plan.


VISA Retour sur la crise de direction au FN octobre 2015.pdf 101.62 Ko


Navigation

Articles de la rubrique

Statistiques

Dernière mise à jour

vendredi 17 novembre 2017

Publication

1789 Articles
Aucune brève
17 Sites Web
33 Auteurs

Visites

16 aujourd'hui
73 hier
137096 depuis le début
39 visiteurs actuellement connectés