Nous vivons un mouvement inattendu.
Il a commencé par une mobilisation de la jeunesse scolarisée, dans les lycées puis les universités, qui porte des revendications claires : le recrutement de personnel dans l’éducation, un plan de rénovation du bâti scolaire, l’abrogation de la réforme du bac et de Parcoursup.
L’élan donné par ce mouvement, la répression inédite et intolérable qu’il subit, en même temps que la situation impossible dans laquelle se retrouve la population face à la vie chère, ont conduit des centaines de milliers de personnes à répondre à l’appel à manifester le 17 octobre. Leur parole s’est exprimée dans autant de pancartes et de slogans, mais le cadre d’organisation et d’expression des revendications de ce mouvement-là reste encore à construire.
Pour gagner, il est vital d’enclencher une troisième étape en se réunissant sur les lieux de travail.
Cela permettra de se parler entre collègues, de contrer le discours autoritaire du gouvernement, de définir des revendications locales et nationales et de s’organiser.
Notre objectif : construire la grève qui seule permettra de bloquer l’économie, de mettre le maximum de pression sur le patronat et le gouvernement, et d’imposer un rapport de force en notre faveur.
Pour cela, la préparation de la grève interprofessionnelle du 5 novembre est une première étape.
La bataille ne fait que commencer.
Il n’y a pas de méthode “magique” mais nous avons pour nous l’expérience des luttes précédentes.
Ce qu’on veut gagner
Nous voulons :
- L’augmentation des salaires, des pensions et minima sociaux, et leur indexation sur les prix pour vivre dignement.
- L’augmentation des APL en particulier et la baisse des loyers.
- Plus de justice fiscale et de partage des richesses pour financer les services publics.
- Le blocage des prix des produits de première nécessité et de l’énergie.
- Un changement de doctrine du maintien de l’ordre qui doit aller vers la désescalade, l’interdiction des armes mutilantes et des techniques d’immobilisation létales.
Les augmentations de salaire peuvent se faire en imposant dès à présent des négociations dans toutes les entreprises, justifiées par l’inflation galopante. Il est très important de mettre par écrit les revendications, de les rendre publiques par des tracts, des communiqués, auprès de la presse, dans les réseaux sociaux, car le gouvernement va s’engouffrer à fond dans sa stratégie d’invisibilisation des mots d’ordre derrière la condamnation des violences.
Se réunir sur les lieux de travail, organiser des assemblées générales
Pour construire la mobilisation, l’enraciner, il est indispensable que ce soient les grévistes, les mobilisé∙es, qui décident de la façon de faire les choses. Il faut tenir des AG décisionnelles dans les secteurs où chacun∙e peut prendre la parole et voter. Il est important aussi dans les territoires de tenir des AG interprofessionnelles, si elles émanent et représentent des secteurs en lutte. L’AG interprofessionnelle ne peut pas se substituer au travail de mobilisation dans les différents secteurs. Elle sert pour se coordonner et lancer des initiatives communes.
La manifestation est indispensable, mais pas suffisante
C’est bien en occupant la rue massivement que nous montrons notre force et que nous reprenons de l’énergie pour continuer. Il peut y avoir des initiatives le soir et le week-end pour permettre à l’ensemble de la population de participer. Mais les manifestations en semaine sont indispensables parce qu’elles montrent le poids des grévistes. Tout ce qui renforce le rapport de force est bon à prendre.
Pour massifier ces manifestations, tout le monde doit se sentir en sécurité pour manifester, ce qui est rendu très difficile par les stratégies policières et par la diversité des tactiques quand elle ne se fait pas dans la solidarité entre manifestant∙es.
En réalité, des services d’ordre syndicaux sont souvent un bon moyen de sécuriser des espaces de manifestation sereins, au moins sur une partie des cortèges.
Avoir une banderole pour fédérer les salarié∙es de son entreprise, de son service, de son établissement permet de rendre visible la multiplicité des lieux de travail en lutte et de ne laisser personne isolé∙e.
La manifestation est indispensable mais elle ne suffit pas.
Nous serons plus forts en proposant d’autres actions, notamment de blocage économique. Tout ce qui permettra de rendre visible la mobilisation dans l’espace public renforcera nos chances de victoires : banderoles aux ponts, collages, moments festifs, diffusions de tracts… On ne doit voir que ça
La grève (reconductible) : libérer du temps, bloquer l’économie
La grève est l’arme des travailleuses et des travailleurs. En arrêtant de travailler nous libérons du temps pour renforcer la mobilisation (réunions, actions…) et pour manifester.
Nous arrêtons aussi le système de production économique.
Nous le savons, la suite de journées isolées peut servir pour renforcer la lutte au départ mais peut vite devenir épuisante et ne pas suffire pour le niveau de rapport de force nécessaire. C’est pourquoi il faudra mettre en débat dans les AG le moment où il faudrait essayer de pousser à la grève reconductible.
Il faut construire les conditions pour partir avec le maximum de collègues et essayer de se coordonner avec les autres secteurs professionnels. Il faut aussi permettre la mobilisation de toutes et tous, y compris en mettant en place des caisses de grève.